L'école moisie (suite)
La France moisie a bien aimé le XIXe siècle, sauf 1848 et la Commune de Paris. Cela fait longtemps que le XXe lui fait horreur, boucherie de 14 et humiliation de
40. Elle a eu un bref espoir pendant quatre ans, mais supporte très difficilement qu’on lui rappelle l’abjection de la Collaboration.
Pendant quatre-vingts ans, d’autre part, une de ses composantes importante et très influente a systématiquement menti sur l’est de l’Europe, ce qui a eu comme résultat de renforcer le sommeil
hexagonal. [...]
Oui, finalement, ce XXe siècle a été très décevant, on a envie de l’oublier, d’en faire table rase. Pourquoi ne pas repartir des cathédrales, de Jeanne d'Arc, ou, à défaut, d’avant 1914, de Péguy
? A quoi bon les penseurs et les artistes qui ont tout compliqué comme à plaisir, Heidegger, Sartre, Joyce, Picasso, stravinsky, Genet,
giacometti, Céline ? La plupart se sont d’ailleurs honteusement trompés ou ont fait des oeuvres incompréhensibles, tandis que nous, les moisis, sans bruit, nous avons toujours eu raison
sur le fond, c’est-à- dire la nature humaine. Il y a eu trop de bizarreries, de désordres intimes, de singularités. Revenons au bon sens, à la morale élémentaire, à la société policée, à la
charité bien ordonnée commençant par soi-même. Serrons les rangs, le pays est en danger.[...] Philippe Sollers
Les nouvelles Instructions Officielles font bien l’écho de cette France
Moisie.
Regardez bien les programmes d’histoire au cycle trois ou plutôt la culture humaniste.
D’après ces IO, il faut bien se garder de faire réfléchir les élèves sur les problèmes historiques. On parcourt l’histoire de façon chronologique; oublions donc les
50 dernières années de recherches historiques ; et apprenons stupidement des dates et quelques grands faits d’armes. L’histoire du XXème siècle se résume ainsi : les deux guerres
mondiales, Clémenceau, de Gaulle, Jean Moulin, la Vème République et la construction européenne. On fait donc disparaître le Front Populaire ( 40 heures de travail , congés payés…), la
collaboration française et surtout les guerres de décolonisation et l’indépendance de l’Algérie. Trop compliqués ? Quant à l’année 68 dans le monde…
Et la culture dans tout ça ?
Pour la musique anglo-saxonne, elle s’arrête officiellement aux Beatles, pour la chanson française cela s’arrête à
Brassens et Piaf… La musique moisie. Evacuées les musiques électroniques, le rap, le rock et la chanson française contemporaine.
Le reste n’est qu’une accumulation de connaissances sans but que peut-être inscrire 80% d’une classe d’âge à l’émission « Qui veut gagner des millions ? ».
Enfin cette France moisie, repliée sur elle-même et
sur ses certitudes en appelle aux fondamentaux pour éduquer et instruire ses enfants. On nous ressort le drapeau tricolore à l’envi, la Marseillaise à toutes les sauces, la morale bien-pensante,
et enfin l’apprentissage des règles d’acquisition de la nationalité française.
A noter que l’article de Sollers était publié deux ans avant le second tour des
présidentielles opposant Chirac à un candidat de l’extrême droite…
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