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2008-10-25T11:26:00+02:00

Your hands around my throat*

Publié par 2manyteachers
*Death in Veags
Un 2manyteacher exilé dans un paradis fiscal nous envoie cet article en recommandant la lecture du bouquin :
Main basse sur l'école publique ( par Muriel Fitoussi et Eddy Khaldi)

Un président qui fait des annonces fracassantes, un ministre «  qui connaît bien la maison » répondant comme en écho par quelques ajustements au nom du réalisme, on pourrait croire que l'Education Nationale est soumise à un mélange d'impréparation, de provocation et de pragmatisme...le propos de ce livre est de prouver que derrière ce numéro à deux, il y a bien une idéologie à la fois réactionnaire et néo-libérale qui imprègne les idées à droite depuis plus de 20 ans, et dont les perspectives,déjà connues, ne peuvent qu'inquiéter ceux qui défendent une école laïque, publique et émancipatrice ( c'est nous ).


Un gouvernement sous influence:

Les auteurs rappellent tout d'abord l'avalanche de décisions, de petites phrases ou de provocations de nos gouvernants, Sarkozy et Darcos en tête:bien entendu, le discours présidentiel à St Jean de Latran, où le chef de l'Etat défend la supériorité de la morale religieuse sur la morale républicaine, la volonté d'aider voir de financer certains cultes ( mais pas tous !) en « toilettant » la loi de 1905 sur la séparation Eglise / Etat...la première influence est clairement religieuse, car «  la religion est un élément civilisateur », dixit Sarkozy.

Dans sa lettre de mission pour Darcos, le président insiste pour que l'Etat n'aide plus seulement au fonctionnement des écoles privées, mais aussi désormais à leur développement ( ce sera notamment le cas dans le plan Espoir banlieue); le programme de l'UMP pour l'Education propose la disparition de la carte scolaire et l'établissement d'un chèque -éducation...la deuxième influence est néo-libérale, et a essaimé par des voies sinueuses et pas toujours fréquentables.

Ces deux influences, parfois en tension, souvent tenues par un intérêt commun, cheminent vers les lieux de pouvoirs où l'on retrouve leurs discours et leurs hommes.

Ainsi du think-tank ( boîte à idées autant que lobby) Créateurs d'écoles, né en 1992: ces néo-libéraux, très proches de la droite élue en 1993, préconisent non pas une réforme globale mais la création de nombreux systèmes dérogatoires pour libérer et libéraliser l'Education; leur mot d'ordre : «  faire sauter les verrous ». En sont membres l'actuel recteur de Paris, le conseiller éducation de Sarkozy et...Xavier Darcos. Tiens, tiens...Pour les auteurs, Darcos n'est pas celui qui temporise après le choc des annonces présidentielles, il est moteur du projet UMP.

Ce n'est pas non plus un hasard si depuis 2002 de nombreux recteurs ont été remplacés sur des critères clairement politiques, dont plusieurs heureux élus anciens membres du Club de l'Horloge. Ce délicieux club a pour but, depuis les années 80, de faire passer les idées d'extrême-droite dans un vaste programme «  national-libéral » qui rassemblerait les divers courants de la droite. Et on peut mesurer le chemin parcouru...En 2008, le rapport Attali demande la suppression de la carte scolaire qui est réclamée depuis 1984 par Jean-Marie Le Pen ! Autre mesure phare: le chèque-éducation, ou education voucher ; il consiste pour l'Etat a distribuer aux familles un chèque pour chaque enfant, chèque que les familles remettent ensuite à l'établissement scolaire de leur choix, public...ou privé ( on voit que dans cette perspective la disparition de la carte scolaire n'est pas tant un accroissement de « liberté » pour les parents qu'un préalable à une privatisation véritable de l'Education). L'education voucher est un concept lancé par le fameux et nobellisé économiste américain Milton Friedman, le pape des néo-libéraux. Il est repris par le FN dans son programme en 1981, par Madelin en 1984 ...et pour finir il figure dans le rapport Attali. A ce propos, il est éclairant que l'école apparaisse dans un rapport sur la libéralisation de la croissance: pour nos experts (indépendants), l'école est bien un lieu de croissance future...pour le marché !

La réforme des contenus du primaire ( retour aux automatismes, à la mémorisation, à l'instruction; culture du résultat), la disparition des IUFM réclamée par l'association SOS Education ( dont nous reparlerons) dernièrement et par le SNALC et le FN dès 1993, montrent que le lobbying de ces officines est très efficace, et n'a surtout aucune raison de cesser de l'être pour l'instant. Du sommet de l'Etat aux recteurs, courroies de transmission indispensables, la bonne parole est prêchée par tous les acteurs essentiels du systême.

Les auteurs ajoutent 2 exemples édifiants: dans la loi du 15 mai 2008, dite de lutte contre les discriminations, se glisse un article qui autorise le regroupement des élèves par sexe, autrement dit un contournement assez visible de la mixité scolaire. Les rédacteurs arguent de la traduction en urgence d'une directive européenne dans laquelle, après enquête, il n'est nullement question d'éducation ! Cette brèche dans la mixité répond aux attentes des milieux les plus traditionnalistes, et se fait l'écho de la politique de Bush aux USA : depuis 2OO2 , l'obligation de mixité sexuelle dans l'enseignement public est levée et le gouvernement pourtant très libéral de Bush subventionne même le programme «  same sex schools », qui encourage la séparation des filles et des garçons.

Cette année toujours, la petite association SOS Education a commandé pour 30 000 euros un sondage sur le service minimum à l'école , dont les résultats, bien entendus favorables, permettent ensuite à Darcos de faire passer sa loi sur l'accueil des élèves; la synchronisation est parfaite ( et peut faire penser au dernier sondage du JDD sur le travail le dimanche...ou il y a plus longtemps, au sondage sur la peine de mort que le Figaro je crois avait fort opportunément sorti alors que Pompidou devait grâcier un condamné à mort). Cette association, qui a le sens du sacrifice financier, et a été reçue plusieurs fois par Darcos, est présidée par le correspondant en France d'  « Alliance for the separation of school and state »( Alliance pour la séparation de l'Ecole et de l'Etat, USA) ; elle ne veut pas sauver l'enseignement public mais bien le privatiser en totalité.

C'est toute l'ambiguïté du discours sur la sauvegarde de l'école et de ses valeurs...

A voir aussi

blog des auteurs:

http://www.main-basse-sur-ecole-publique.com/


un article de bakchich sur ce livre:

http://www.bakchich.info/article4775.html

 

prochain épisode de la saga ultralibérale :

L'essor du privé: entre statégie catholique et logique libérale.

 



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